La campagne « zéro prospectus » fait débat

Le 22 octobre 2010 par Rodolphe Pailliez
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Une fois de plus, l’enseigne E. Leclerc, surfant sur la vague écologiste, se distingue par des prises de position qui suscitent la suspicion. Après avoir fait campagne à la fin des années 90 pour la suppression des sacs de caisse, Leclerc s’attaque aujourd’hui aux prospectus au travers d’un projet baptisé « 2020 : zéro prospectus ». Projet relayé depuis peu par un spot télé invitant les consommateurs, sur le site créé à cette occasion, à réagir à cette proposition. Prétendant répondre à une « véritable demande des consommateurs qui réclament des informations toujours plus adaptées à l’évolution de leur propre mode de vie », Leclerc entend leur offrir la possibilité d’agir en faveur d’une consommation plus responsable. Reconnaissant que le papier utilisé aujourd’hui est plus respectueux de l’environnement, Leclerc pointe
du doigt un process de fabrication restant impactant pour la nature : encres, transport, etc., plus les déchets qui nécessitent d’être recyclés. Le recours aux supports dématérialisés (le site internet de l’enseigne, les smartphones) sont présentés par les responsables de l’enseigne comme « des solutions alternatives innovantes ».

Leclerc jette le discrédit sur toute la filière

Face à cette campagne sacrilège pour le produit print, les réactions ne se font pas attendre via l’intermédiaire de professionnels mais également de bloggers. Gilles Colin, directeur commercial de Colin Frères Imprimeurs (54), en son nom propre et celui du groupement ImpriFrance, a dégainé le premier. « L’attitude de Leclerc est démagogique… et fausse. Leur seul but est de réduire leurs charges et "casser" les emplois associés en interne comme en externe. Leclerc transfère ainsi les charges sur le consommateur qui paiera les connexions internet pour lire les offres sans pour autant payer moins cher les produits. Sans oublier que la consultation sur Internet ou sur tout média informatique coûte environ dix fois plus en énergie », tempête-t-il. Très impliquée sur le plan environnemental – elle a effectué son bilan carbone et réalise une impression compensée carbone pour la totalité de ses travaux –, l’imprimerie Villière (74) s’en donne à cœur joie sur son éco-blog créé en 2009. Il est alimenté par de nombreuses réactions sous le titre « Zéro prospectus : Leclerc se propose de polluer votre boîte e-mail ». « En affirmant que la dématérialisation est l’unique solution vis-à-vis de l’impression, Leclerc jette le discrédit sur toute une filière : imprimeurs, papetiers, fournisseurs de matériels d’impression », souligne l’éco-blog. Et d’ajouter : « Les efforts réalisés par notre filière en matière d’environnement sont incomparables avec d’autres domaines… et celui de la grande distribution pour commencer : la paille dans l’œil du voisin ! »

Chiffres contre chiffres

Si Leclerc rappelle être membre d’EcoFolio, imprimer ses prospectus sur papier issu de forêts gérées durablement ou sur papier recyclé et avoir réduit leur grammage et leurs dimensions, permettant de réaliser entre 2004 et fin 2009 une économie de poids de 12,5 %, la polémique ne descend pas d’un cran. Chiffres contre chiffres, Gilles Colin rappelle qu’un poste de travail bureautique avec ses périphériques consomme chaque année autant d’électricité que cinq réfrigérateurs, soit plus de 800 kWh. Et de citer une étude de Mafee/ICF indiquant qu’à l’échelle mondiale, les 62 milliards de spams consomment annuellement 33 milliards de kWh, ce qui correspond à l’électricité de 2,4 millions de foyers américains, avec des émissions de gaz à effet de serre équivalentes à celles produites par 3,1 millions de voitures consommant 7,57 milliards de litres d’essence ! Après un temps de réflexion, « pour ne pas faire que du buzz et, in fine, apporter encore plus de visibilité à la marque concernée », comme le souligne Rémy Carteret, l’association Culture Papier et son président Laurent de Gaulle ont réagi en adressant, le 4 octobre dernier, un courrier à Michel-Édouard Leclerc. Avec à la clef, une proposition d’une entrevue pour évoquer les différents aspects de la question : écologiques, économiques, sociales et sociétales. « Une rencontre au cours de laquelle nous pourrons débattre de ces sujets avec vous et ainsi vous apporter toutes les informations utiles », précise même le président de Culture Papier. Reste que pour l’heure, 54 % des personnes ayant répondu au sondage mis en place par Leclerc affirment ne pas être favorables à la réduction du nombre de prospectus papier (contre 45 % d’opinions favorables).
 

5 réactions

Michel | 06/04/2011 - 00H25

Qu'on supprime les prospectus ET les spams. Rien à cirer de leurs pubs qui vont direct à la poubelle.

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Stéphane ROCHE | 14/02/2011 - 10H27

Les spams consomment du kW, OK. Mais qu'on nous démontre que les flyers, prospectus et autres imprimés qui nous sont imposés dans nos boites aux lettre, pare-brise de bagnol, etc. sont plus écolo et je vous suivrais. L'article me semble partial (ce qui est compréhensible au vu de la cible de ce site) et même si l'on a beaucoup de chose à reprocher à la grande distribution (certainement responsable de nombreux maux de notre société actuelle), je pense qu'il ne faut pas prendre parti trop rapidement et rester objectif. Bien qu'il soit entendu que M. Leclerc doit tirer la couverture à lui, of course !

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Patricia COLBUS | 14/02/2011 - 10H27

La campagne commerciale qui vise à ne plus faire de com. papier pour les offres commerciales de LECLERC est en effet scandaleuse. Les imprimeries font depuis une quinzaine d'année des efforts pour réduire la pollution... Nous sommes persuadés nous aussi, qu'il s'agit d'une politique de réduction de coût, qu'au final le consommateur paiera par la voie de sa connexion internet. Nous ne comprenons pas que la filière papier et que les syndicats d'imprimeur ne mettent pas en place une campagne de communication pour réabiliter l'imprimé sous toutes ses formes

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Lucien David LANGMAN | 14/02/2011 - 10H25

Zéro prospectus » du groupe Leclerc cela pourrait se faire. Sauf que les coûts pour la société donc pour le consommateur sont démultiplier. Impression par les internautes des pages consultées, énergie consommée, matériel indispensable, mauvaise compréhension en particulier du 3ème ou 4 ème âge. Disons une publicité quasi mensongère ! Ceci n'est pas une idée mais un système polluant.Lucien David LANGMAN. Expert

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Lucien David LANGMAN | 14/02/2011 - 10H24

Zéro prospectus » du groupe Leclerc cela pourrait se faire. Sauf que les coûts pour la société donc pour le consommateur sont démultiplier. Impression par les internautes des pages consultées, énergie consommée, matériel indispensable, mauvaise compréhension en particulier du 3ème ou 4 ème âge. Disons une publicité quasi mensongère ! Ceci n'est pas une idée mais un système polluant.Lucien David LANGMAN. Expert

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